Thomas Boucksontom

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Encyclopédie
des Idées
Fausses

Cent choses que tout le monde sait
et qui sont fausses,
avec explications et regrets

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Édition personnelle · MMXXVI

Il est plus facile de croire quelque chose de faux que d'apprendre quelque chose de vrai. Une idée fausse simple bat souvent une vérité complexe, parce que la vérité demande de l'attention et le mensonge confortable ne demande rien.

Ce livre ne cherche pas à humilier qui que ce soit. Presque toutes les idées fausses ici répertoriées sont des erreurs honnêtes — des approximations devenues dogmes, des légendes prises pour des faits, des simplifications qui ont oublié d'être provisoires. Les croire ne fait pas de vous un idiot. Les garder après les avoir lues en ferait peut-être un.

— L'auteur, qui a cru plusieurs de ces choses jusqu'à une date récente

A — G

Les araignées qu'on avalerait en dormant

« On avale en moyenne huit araignées par an pendant son sommeil. »

Cette affirmation est fausse, et elle est fausse pour des raisons biologiquement intéressantes. Les araignées évitent les humains endormis. Le corps humain en sommeil produit des vibrations — respirations, battements de cœur, ronflements — que les araignées perçoivent comme les signaux d'un prédateur potentiel ou d'une proie dangereuse. Elles ne s'approchent pas. Encore moins d'un orifice bruyant et chaud.

Personne n'a jamais documenté scientifiquement qu'un humain avait avalé une araignée pendant son sommeil. Le chiffre de « huit araignées » n'a aucune source. Il est apparu en 1993 dans un article de Lisa Holst dans le magazine PC Professional — mais l'article était précisément destiné à démontrer comment les gens croient et répandent des fausses informations sur internet. Le « fait » sur les araignées était un exemple inventé pour l'occasion. Il s'est répandu comme une vérité.

« La meilleure façon de faire croire quelque chose est de le présenter comme un fait établi que tout le monde sait déjà. Personne ne vérifie ce que tout le monde sait. »
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La Grande Muraille vue de l'espace

« La Grande Muraille de Chine est le seul ouvrage humain visible depuis l'espace. »

Elle n'est pas visible depuis l'espace à l'œil nu. La muraille fait entre quatre et neuf mètres de large — plus étroite qu'une autoroute. À basse orbite terrestre (400 km d'altitude), voir la Grande Muraille reviendrait à voir un cheveu depuis 2,5 kilomètres. L'astronaute chinois Yang Liwei, premier Chinois à aller dans l'espace en 2003, a déclaré publiquement qu'il ne l'avait pas vue — malgré ses efforts pour la chercher.

En revanche, des autoroutes, des villes, des aéroports et de grandes étendues agricoles sont parfaitement visibles depuis l'espace — parce qu'ils sont larges. La muraille n'est pas particulièrement large. Elle est surtout longue.

« Le mythe a peut-être commencé parce que la muraille est impressionnante. Et nous avons tendance à attribuer aux choses impressionnantes des propriétés que nous n'avons pas vérifiées. »

Note : avec des jumelles ou des instruments optiques, la muraille peut être perçue depuis l'espace sous de bonnes conditions atmosphériques. Mais "visible depuis l'espace" implique traditionnellement l'œil nu. La muraille ne passe pas ce test.

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Le cerveau utilisé à 10%

« Nous n'utilisons que 10% de notre cerveau. »

Le cerveau humain est l'organe le plus énergivore du corps — vingt pour cent de la consommation totale d'énergie pour deux pour cent de la masse corporelle. Aucun organe ne peut se permettre de fonctionner au dixième de sa capacité pendant des millions d'années d'évolution : les parties inutilisées auraient été éliminées. L'évolution est économe.

Les techniques d'imagerie cérébrale — IRM fonctionnelle, PET scan — montrent que des régions différentes s'activent selon les activités, mais que sur une journée, l'ensemble du cerveau est utilisé. Même pendant le sommeil, des zones substantielles restent actives. Il n'existe aucune zone cérébrale identifiée comme « réserve inexploitée ».

« Si 90% du cerveau était inutilisé, des lésions dans ces zones n'auraient aucun effet. Or, des lésions dans presque n'importe quelle zone cérébrale produisent des déficits spécifiques. Le cerveau est utilisé entièrement — juste pas en même temps. »

L'origine de ce mythe est floue. Il est parfois attribué à Einstein (sans preuve), parfois à des études mal interprétées sur les neurones glials. Ce qui est certain, c'est qu'il a alimenté une industrie de produits promettant de « débloquer » les 90% inemployés — une promesse commercialement rentable et scientifiquement vide.

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Christophe Colomb et la Terre ronde

« Christophe Colomb a prouvé que la Terre est ronde en 1492. »

En 1492, la sphéricité de la Terre était un fait admis depuis des siècles par les personnes éduquées. Ératosthène l'avait non seulement affirmé mais mesurée avec une remarquable précision autour de 240 avant notre ère, en comparant les ombres portées dans deux villes égyptiennes. Le débat n'était pas « la Terre est-elle ronde ? » mais « quelle est sa circonférence ? »

Les conseillers qui s'opposèrent au projet de Colomb ne contestaient pas la forme de la Terre — ils contestaient sa taille. Colomb estimait la distance à l'Asie par l'Ouest à environ 4 400 kilomètres. Ses conseillers calculaient (correctement) environ 20 000 kilomètres. Colomb avait tort et ses opposants avaient raison. Il n'atteignit l'Asie que parce qu'un continent inconnu se trouvait sur son chemin.

« Colomb a prouvé qu'il y avait un continent entre l'Europe et l'Asie. La Terre ronde, elle, n'avait pas besoin de lui pour être ronde. »
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L — S

La foudre qui ne tomberait pas deux fois

« La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. »

L'Empire State Building à New York est frappé par la foudre en moyenne vingt à vingt-cinq fois par an. Certains paratonneries sont frappées des centaines de fois au cours de leur existence. La réalité physique est exactement inverse du proverbe : les endroits déjà frappés sont souvent les plus susceptibles d'être frappés à nouveau, parce qu'ils partagent les mêmes caractéristiques qui ont attiré la foudre la première fois — hauteur, conductivité, exposition.

Roy Sullivan, garde forestier américain, a été frappé par la foudre sept fois entre 1942 et 1977 et a survécu à chaque fois. Chaque frappe lui a causé des blessures différentes. Il est mort en 1983, d'une blessure auto-infligée — non pas de la foudre. L'homme le plus foudrayé de l'histoire est un contre-exemple vivant du proverbe.

« La foudre ne connaît pas les proverbes. Elle suit les chemins de moindre résistance électrique, indépendamment de si elle est déjà passée par là. »
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Napoléon était petit

« Napoléon Bonaparte était un homme de petite taille. »

Napoléon mesurait environ 1m69. Pour un homme français de la fin du XVIIIe siècle, c'est une taille légèrement supérieure à la moyenne nationale de l'époque. Il était un peu plus grand que la plupart de ses contemporains, pas plus petit. La légende de son nanisme vient de deux sources distinctes.

Première source : la confusion des unités. La taille de Napoléon était mesurée en pouces français — le pouce impérial britannique était différent. Les Anglais ont traduit « 5 pieds 2 pouces » en mesure anglaise et ont obtenu 1m57 au lieu de 1m69. Deuxième source : la propagande britannique, notamment les caricatures de James Gillray qui représentaient Napoléon comme un nain colérique en contraste avec un John Bull massif. Ces caricatures furent publiées pendant des décennies et ont façonné l'image populaire de l'Empereur.

« Le "complexe de Napoléon" — la théorie selon laquelle les hommes petits compenseraient leur stature par de l'agressivité — est nommé d'après quelqu'un qui n'était pas particulièrement petit. L'ironie est complète. »
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La carte de la langue

« Chaque zone de la langue détecte un goût particulier : sucré à la pointe, salé sur les côtés, amer au fond. »

Cette carte a été enseignée dans les écoles du monde entier pendant des décennies. Elle est fausse. Elle vient d'une erreur de traduction d'un article allemand de 1901, dans lequel les légères différences de sensibilité entre zones avaient été mal interprétées comme des zones exclusives. Des études minutieuses menées dès les années 1970 ont montré que tous les types de récepteurs gustatifs sont présents sur toute la surface de la langue.

De plus, les chercheurs ont depuis identifié un cinquième goût de base — l'umami, le goût savoureux des glutamates présents dans la viande, le fromage, le soja — et explorent des sixième et septième candidats : le gras (oleogustus) et l'amidon. La carte à quatre zones était donc non seulement fausse géographiquement, mais incomplète en termes de saveurs répertoriées.

« Une erreur de traduction publiée en 1901 a été enseignée dans les manuels scolaires pendant quatre-vingts ans. Personne n'a vérifié. Vérifier est un geste révolutionnaire. »
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Les poissons rouges et leur mémoire

« Les poissons rouges ont une mémoire de trois secondes. »

Des expériences simples réfutent ce mythe sans ambiguïté. Des poissons rouges peuvent être entraînés à actionner un levier pour obtenir de la nourriture, et ils se souviennent de ce comportement des mois plus tard. Ils apprennent à naviguer dans des labyrinthes et reconnaissent les itinéraires plusieurs semaines après les avoir parcourus. Ils peuvent reconnaître les visages humains individuels.

Des chercheurs australiens ont montré que des poissons rouges entraînés à appuyer sur un bouton pour manger à un moment précis de la journée le faisaient dans la bonne fenêtre temporelle — prouvant non seulement une mémoire à long terme, mais aussi une perception du temps. La mémoire de trois secondes est un mythe dont l'origine est inconnue mais dont l'usage est clair : il justifie la petitesse de l'espace dans lequel on confine ces animaux.

« Les poissons rouges ont une mémoire bien supérieure à trois secondes. Ce qui est peut-être à trois secondes, c'est l'attention que beaucoup d'humains leur accordent. »
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Les vikings et les casques à cornes

« Les vikings portaient des casques à cornes. »

Aucun casque à cornes d'époque viking n'a jamais été trouvé dans un contexte archéologique. Les casques vikings retrouvés sont ronds, souvent avec une protection nasale. Les cornes apparaissent dans des casques cérémonials de l'âge du Bronze — deux mille ans avant les vikings — qui n'étaient probablement pas portés au combat mais lors de rituels.

L'image du viking à casque cornu vient d'une gravure de 1827 par l'artiste suédois Gustav Malmström, illustrant une saga nordique. Cette image a été popularisée par les opéras wagnériens du XIXe siècle — les costumes de scène ont été conçus pour paraître « barbares » et impressionnants. Le cinéma hollywoodien du XXe siècle a fait le reste. L'icône culturelle du viking cornu est une invention romantique du XIXe siècle projetée sur une époque qui n'en portait pas.

« Les vrais vikings étaient des navigateurs, des marchands et des explorateurs dont certains atteignirent l'Amérique du Nord cinq cents ans avant Colomb. Leurs casques, utilitaires, n'avaient pas de cornes. Les cornes auraient été dangereuses au combat et inutiles en mer. »
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Postface

Pourquoi nous croyons ce qui est faux

Les idées fausses ne persistent pas parce que les gens sont stupides. Elles persistent parce qu'elles sont simples, mémorables, et souvent confirmées par des personnes en qui on a confiance. La vérification — vérifier activement une information avant de la croire — est un geste qui demande du temps, de la méfiance et une certaine humilité.

Ce livre ne rend pas plus intelligent. Il rend peut-être plus prudent. Et la prudence — savoir qu'on peut se tromper sur des choses qu'on croyait certaines — est peut-être la forme d'intelligence la plus utile qui soit.

Fin de l'encyclopédie.
Des idées fausses attendent d'être découvertes dans votre prochaine conversation.

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