Thomas Boucksontom

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Atlas des
Mythologies

Les mêmes histoires racontées
par des peuples qui ne se connaissaient pas
et qui ne savaient pas qu'ils se ressemblaient

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Édition personnelle · MMXXVI

Chaque peuple a ses mythes. Et en les comparant, on s'aperçoit d'une chose étrange : les mêmes histoires fondamentales reviennent partout, indépendamment du lieu, de l'époque et de tout contact possible entre les cultures. Le déluge. Le héros. La descente aux enfers. La création du monde. Le trickster qui vole le feu.

Joseph Campbell appelait cela le « monomythe ». Carl Jung parlait d'archétypes. Les mythologues comparatifs parlent de structures narratives universelles. Ce livre ne tranche pas le débat — il le présente.

— L'auteur, qui continue de penser que les mythes disent plus sur ceux qui les racontent que sur les dieux qu'ils décrivent

Les Mythes Fondateurs

Le Déluge

MésopotamieHébreuxGrèceIndeMésoamériqueChine+200 cultures

Le déluge est le mythe le plus répandu de l'humanité. On en recense plus de deux cents versions sur tous les continents habités. Le récit de Noé (Genèse 6-9) est bien connu, mais il est précédé d'au moins mille ans par l'épopée de Gilgamesh mésopotamienne, dans laquelle Utnapishtim reçoit l'ordre des dieux de construire une arche, d'y embarquer des animaux et des artisans, et survit au déluge qu'Enlil a déclenché parce que le bruit des hommes l'empêchait de dormir.

Les détails varient — le héros s'appelle Manu en Inde, Deucalion en Grèce, Nüwa en Chine — mais la structure est identique : les dieux sont mécontents, ils envoient les eaux, un survivant juste est averti, l'humanité recommence. Cette universalité a deux explications possibles : un événement réel de montée des eaux (peut-être la déglaciation rapide de la fin de la dernière ère glaciaire) gravé dans la mémoire collective de l'humanité, ou une structure narrative si efficace pour parler de fin et de recommencement qu'elle a été réinventée indépendamment.

« Le déluge ne parle pas de l'eau. Il parle de la fin qui contient en elle-même une promesse de recommencement. C'est la mort et la résurrection appliquées au monde entier. »

Le Héros et ses Épreuves

Universel

Joseph Campbell a décrit en 1949 ce qu'il appelait le « voyage du héros » ou monomythe — une structure narrative en dix-sept étapes présente dans les mythes du monde entier. Dans ses grandes lignes : le héros reçoit un appel à l'aventure, refuse d'abord (souvent), est aidé par un mentor, traverse un seuil vers un monde extraordinaire, y affronte des épreuves, transforme leur culmination en défaite et victoire simultanées, puis revient porteur d'un don ou d'une connaissance qu'il rapporte à sa communauté.

Gilgamesh, Ulysse, Bouddha, Jésus, Siegfried, Arjuna, le roi Arthur — tous suivent cette structure avec des variations. Ce n'est pas que Campbell avait raison dans tous ses détails — les mythologues ont beaucoup débattu ses simplifications. Mais l'observation centrale tient : les héros des mythes traversent tous une mort et une renaissance symboliques. Le voyage extérieur est toujours un voyage intérieur.

« Le vrai trésor que le héros ramène n'est jamais l'or ou la princesse. C'est une compréhension — souvent terrible — de lui-même. »
— Campbell, paraphrasé
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Le Trickster

AmériquesAfriqueGrèceScandinavieJapon

Hermès en Grèce. Loki en Scandinavie. Coyote chez les peuples des Plaines nord-américaines. Anansi (l'araignée) en Afrique de l'Ouest. Renard en Europe médiévale. Le trickster est une figure universelle : un être à la marge, qui ne respecte ni les règles divines ni les règles humaines, qui trompe, vole, transgresse — et ce faisant, rend service à l'humanité ou fait progresser le monde.

Hermès vole le bétail d'Apollon le premier jour de sa naissance, puis invente la lyre pour se faire pardonner — et Apollo lui cède le bétail en échange. Prométhée vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Coyote vole la lumière pour l'offrir au monde. Le trickster est l'agent du changement dans des univers mythiques autrement figés. Il est nécessaire parce que les dieux, une fois établis, ne changent plus — et quelqu'un doit perturber l'ordre pour que l'histoire avance.

« Le trickster est le seul personnage mythique qui soit aussi complexe qu'un être humain. Il est simultanément le dieu le plus utile et le plus dangereux, le plus créatif et le plus destructeur. »

Note : le trickster joue un rôle central dans les traditions orales africaines. Anansi, l'araignée-dieu ashanti, possède toutes les histoires du monde — une métaphore de la connaissance comme objet d'appropriation et de transmission. La diaspora africaine aux Amériques a préservé ces traditions : les histoires de Brer Rabbit dans le sud des États-Unis, par exemple, sont des variations du cycle d'Anansi.

La Descente aux Enfers

MésopotamieGrèceJaponNordiqueMésoamérique

Inanna descend aux Enfers et est tuée par sa sœur Ereshkigal — puis ressuscite. Orphée descend pour ramener Eurydice. Perséphone est emportée aux Enfers et son retour provoque le printemps. Izanagi suit sa femme Izanami dans le royaume des morts. Osiris est tué et démembré par Seth, puis ressuscité par Isis. La structure est identique : un être aimé ou soi-même descend dans le royaume de la mort, et en revient (ou pas tout à fait).

Ces mythes parlent d'un passage obligé. La mort n'est pas une fin mais un voyage — difficile, transformateur, et en partie réversible à des conditions précises. Ce que le héros perd dans ce voyage (Orphée perd Eurydice par impatience ; Izanagi perd Izanami par curiosité) est aussi important que ce qu'il gagne. La descente aux enfers est une initiation : on ne revient pas pareil. Parfois on ne revient pas du tout.

« Presque toutes les religions à mystères de l'Antiquité comportaient une descente symbolique aux enfers dans leurs rites initiatiques. Ce n'était pas une métaphore pour les initiés — c'était une mort et une renaissance vécues rituellement. »
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Les Structures Profondes

La Création ex nihilo

HébreuÉgypteHindouDogonMaori

Les mythes de création sont de deux types fondamentaux : la création ex nihilo (à partir de rien, par la parole ou la pensée d'un créateur) et la création à partir du chaos préexistant. La Bible commence par « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » — ex nihilo. Les mythes grec et mésopotamien commencent par un chaos primitif (Tiamat, le Tohu-vabohu) que le créateur organise.

Ce qui frappe, c'est que dans presque tous les mythes de création, le monde naît d'un acte de séparation : lumière et ténèbres, ciel et terre, eau et terre ferme, divin et humain. La création est toujours une discrimination, une division d'un tout indifférencié en éléments distincts. Les cosmologistes modernes diraient que c'est assez précis : la brisure de symétrie primordiale après le Big Bang est effectivement une série de séparations progressives entre des états indifférenciés.

« Le monde commence quand quelque chose se sépare de quelque chose d'autre. La conscience aussi. »

Pourquoi les mythes se ressemblent

Il y a trois explications possibles à l'universalité des mythes. La première est diffusionniste : les mythes se sont propagés de proche en proche à travers les migrations humaines, à partir d'une source commune. La deuxième est archétypale (Jung) : les structures narratives récurrentes reflètent des structures psychiques universelles — des façons communes aux cerveaux humains de traiter certaines expériences fondamentales (la mort, la naissance, l'épreuve, le danger). La troisième est expérientielle : les êtres humains vivant dans des conditions similaires ont des expériences similaires, et donc des récits similaires.

La réalité est probablement les trois simultanément. Les mythes du déluge ont peut-être une origine commune dans un événement réel (et les migrations humaines ont transporté le récit), mais ils sont aussi renforcés par l'expérience universelle de l'inondation catastrophique, et par la structure narrative efficace de « fin-et-recommencement » qui s'applique à l'expérience psychique du deuil et de la guérison.

« Les mythes ne sont pas des mensonges. Ce sont des vérités racontées dans une langue différente de celle de la science. Ils parlent de l'intérieur de l'expérience humaine plutôt que de son extérieur. »

Note : l'anthropologue Claude Lévi-Strauss a proposé une approche structuraliste des mythes : ils ne racontent pas des histoires mais résolvent des contradictions. Le mythe d'Œdipe ne parle pas d'un homme qui tue son père et épouse sa mère — il tente de résoudre la contradiction entre l'idée que les humains naissent de la terre et l'observation qu'ils naissent de deux parents. Les détails narratifs sont la surface ; la structure logique est le fond.

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Postface

Les mythes d'aujourd'hui

On croit volontiers que les mythes appartiennent au passé — aux Grecs, aux Égyptiens, aux peuples « primitifs ». Mais les mythes structurent encore nos récits contemporains. Le héros qui part seul affronter le mal et revient victorieux : c'est le western, le film de super-héros, le roman policier. Le trickster qui perturbe l'ordre établi : c'est le clown, le comédien, le hacker. Le déluge purifiant : c'est l'apocalypse climatique, nucléaire ou zombiesque qui hante notre cinéma depuis soixante ans.

Les dieux ont changé de noms. Les structures sont restées.

Fin de l'atlas.
Les mythes continuent de se raconter.

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