Thomas Boucksontom
Des végétaux qui font des choses
que nous n'avons pas encore
la décence d'admirer
Édition personnelle · MMXXVI
Les plantes ont colonisé la Terre quatre cents millions d'années avant que les humains n'y apparaissent. Elles ont inventé la photosynthèse — le plus grand coup commercial de l'histoire du vivant — et en ont fait don à la planète entière. Sans elles, pas d'oxygène, pas de nourriture, pas de nous. Et pourtant on les considère souvent comme du décor.
Ce traité est une rectification.
— L'auteur, depuis son balcon où il n'a toujours pas compris comment rempote-t-on un cactus
Le séquoia géant est le plus grand organisme vivant sur Terre par volume — et l'un des plus longs à vivre. Certains spécimens ont plus de trois mille ans. L'arbre connu sous le nom de « General Sherman » dans le parc national de Sequoia en Californie mesure environ 84 mètres de hauteur et affiche une circonférence de 31 mètres à sa base. Son volume estimé est de 1 487 mètres cubes de bois. C'est une bibliothèque végétale à elle seule.
Les séquoias ont développé une résistance remarquable au feu : leur écorce peut atteindre soixante centimètres d'épaisseur et ne contient presque pas de résine — elle est pratiquement ininflammable. Plus remarquable encore : leurs cônes ont besoin de chaleur intense pour s'ouvrir et libérer leurs graines. Ils ont co-évolué avec les incendies. Ce qui détruit d'autres arbres aide les séquoias à se reproduire.
Le bambou n'est pas un arbre — c'est une herbe. La plus grande herbe du monde, qui peut atteindre trente mètres de hauteur et pousser de quatre-vingt-dix centimètres en vingt-quatre heures dans des conditions optimales. Cette vitesse de croissance n'a pas d'équivalent dans le règne végétal pour un organisme de cette taille.
Certaines espèces de bambou ne fleurissent qu'une fois par siècle, produisent des graines, puis meurent — toutes en même temps, à travers toute l'espèce, sur des continents différents. Ce phénomène de floraison synchronisée, appelé masting, est mal compris. On sait que le bambou garde un compte interne du temps — une horloge biologique à très longue période — mais on ignore encore exactement comment.
Note : plus de mille espèces de bambou existent dans le monde. En Asie, il est utilisé pour la construction, la nourriture, le textile, les instruments de musique et les ustensiles de cuisine. Il est renouvelable, biodégradable, et ses racines empêchent l'érosion des sols.
La dionée est une plante carnivore — ce qui est déjà remarquable. Mais ce qui est vraiment étonnant, c'est son mécanisme de capture. Ses feuilles modifiées en pièges contiennent de petits poils sensoriels. Quand un insecte en touche deux en moins de vingt secondes, le piège se ferme en moins d'une seconde — l'un des mouvements végétaux les plus rapides qui existent. La plante peut compter.
Elle compte même jusqu'à cinq : après deux touchers pour fermer le piège, les touchers supplémentaires amplifient la production d'enzymes digestives. Plus l'insecte se débat, plus la digestion est efficace. C'est un mécanisme de calcul primitif sans neurones, sans cerveau — une forme d'intelligence distribuée dans le tissu végétal lui-même.
L'if commun (Taxus baccata) est l'arbre le plus vieux d'Europe. Des spécimens sont estimés entre deux mille et cinq mille ans — certains poussaient déjà quand les Romains construisaient leurs premières routes. L'if de Fortingall en Écosse est parfois daté de neuf mille ans, ce qui en ferait l'être vivant le plus ancien d'Europe, quoique ce chiffre soit contesté.
L'if est également mortellement toxique — toutes ses parties sauf l'arille rouge qui entoure la graine contiennent de la taxine, un alcaloïde cardiaque. Et paradoxalement, il est aussi médical : le Taxol (paclitaxel), dérivé de l'if du Pacifique, est l'un des médicaments contre le cancer les plus utilisés au monde. La même plante qui tuait les guerriers celtes soigne les patients en chimiothérapie.
Ce qu'on appelle « champignon » est en réalité la partie reproductive d'un organisme dont l'essentiel est invisible : le mycélium, un réseau de filaments microscopiques qui s'étend dans le sol. Sous une forêt ancienne, ce réseau peut s'étendre sur des hectares et peser plusieurs tonnes. L'organisme mycélien connu sous le nom d'Armillaria ostoyae dans l'Oregon couvre environ 965 hectares — c'est peut-être le plus grand organisme vivant sur Terre.
Les champignons forestiers forment des symbioses avec les arbres via le mycélium — ce qu'on appelle les mycorhizes. En échange de sucres produits par photosynthèse, le champignon augmente considérablement la surface d'absorption des racines en eau et en minéraux. Mais le mycélium sert aussi de réseau de communication : des arbres de différentes espèces s'envoient des signaux chimiques et des nutriments via ce réseau. Les chercheurs ont mesuré des flux de carbone de vieux arbres vers des jeunes pousses en mauvaise santé. La forêt n'est pas un ensemble d'individus en compétition — c'est un réseau coopératif.
La Mimosa pudica, ou sensitive, réagit au toucher en repliant ses feuilles composées en quelques secondes — un mouvement appelé nyctinasmie ou thigmonastie. Ce n'est pas un simple réflexe mécanique : des expériences ont montré que la plante peut apprendre. Quand on la laisse tomber de petites hauteurs répétées fois, elle cesse progressivement de replier ses feuilles — elle a « compris » que la stimulation n'est pas dangereuse.
Plus frappant encore : elle retient cette information pendant plusieurs semaines, même si on lui retire les conditions d'apprentissage. Une plante sans cerveau, sans système nerveux, sans neurones — qui apprend et se souvient. Cela oblige à repenser ce qu'on entend par mémoire, apprentissage, et peut-être par intelligence.
Les mangroves poussent dans des conditions que presque aucun autre arbre ne tolère : eau salée, sol pauvre en oxygène, marées quotidiennes. Elles ont développé des adaptations remarquables : des racines qui filtrent le sel (certaines l'excrètent par leurs feuilles), des systèmes racinaires aériens qui permettent à l'arbre de respirer même quand ses racines sont immergées, et des graines qui germent encore sur l'arbre et tombent déjà prêtes à s'enraciner.
Les forêts de mangroves sont parmi les écosystèmes les plus productifs et les plus précieux de la planète. Elles protègent les côtes contre les tsunamis et les tempêtes (les zones de mangroves ont subi des dommages considérablement moindres lors du tsunami de 2004 en Asie du Sud-Est), abritent des nurseries de poissons, et stockent cinq fois plus de carbone par hectare que les forêts tropicales. Nous en avons détruit la moitié en cinquante ans.
Les plantes ont inventé une stratégie que les animaux ont largement abandonnée : rester. Plutôt que de fuir les prédateurs, elles ont développé des toxines, des épines, des poils urticants. Plutôt que de chercher l'eau, elles ont étendu leurs racines. Elles ont transformé l'immobilité en puissance.
Il y a quelque chose à apprendre là-dedans — pas métaphoriquement, mais littéralement. Les organismes qui ont le mieux survécu à travers les extinctions de masse ne sont pas nécessairement les plus rapides ou les plus agressifs. Ce sont souvent les plus ancrés, les plus adaptables dans leur immobilité, les plus patients.
Fin de l'éloge.
Les plantes continuent de pousser pendant que vous lisez ceci.